Une perte oubliée

Natalia Doize (4 G T FLe, année scolaire 2015-2016)
15 mars 2017

Une perte oubliée

Natalia Doize

J’écris cette « histoire » dans un dernier essai de me faire croire ou de me convaincre que je ne suis pas folle. Je suis en ce moment un peu désespérée, je ne sais pas vraiment à quoi croire moi-même. Mais voilà ce qui s’est passé.

Quand la professeure de français nous a annoncé qu’elle avait une surprise, je ne m’attendais pas du tout à ce qu’on a fait. Je crois que personne ne savait que l’école avait un grenier, juste au dessus de la BCDR. Pourtant, si j’avais su ce qui allait se passer, je n’y serais jamais montée.

On était tous un peu nerveux au moment de monter les escaliers. Les 14 élèves montaient tous lentement. Le grenier était beaucoup plus grand et beaucoup plus sinistre que ce que j’imaginais. Heureusement, il n’était pas complètement sombre. Dans la majorité des chambres la lumière passait à travers les fenêtres sales. Cependant, par endroits, elle n’arrivait plus du tout. Le sol était sale et on remarquait aussi, sur les meubles ruinés par le temps, les déchets des nombreux pigeons dont les squelettes gisaient à présent par terre.

L’atmosphère du grenier me rendait très mal à l’aise, mais je n’étais pas la seule, plusieurs élèves avaient reculé avec peur et dégout devant l’image des squelettes. Pourtant, après quelques minutes, la majorité de la classe était déjà habituée à l’ambiance des lieux. J’ai même entendu quelques cris de ceux que Antonio faisait sursauter en se cachant dans les vieilles toilettes. Mais moi, je me sentais toujours mal. Malgré ce sentiment, j’ai essayé de penser au côté amusant de la situation.

-  On entre dans une chambre obscure ? j’ai proposé à Vitor.

Je croyais que les autres élèves n’auraient pas voulu le faire, mais Vitor et moi, on s’entendait très bien. Peut-être à cause de nos racines communes puisqu’il venait, lui aussi, de l’Amérique latine, ou peut-être parce qu’il était allé l’année dernière en classe passerelle donc toute la classe de 4ème était nouvelle pour lui aussi. On est vite devenus amis dès le début de l’année.

Apparemment il ne m’avait pas entendue, il était en train de discuter avec Ana-Maria sur son idée de nettoyer et de réparer les vieux meubles pour les donner à une association. J’ai pensé que c’était une bonne initiative, mais j’ai pensé aussi que l’expérience de monter au grenier pour les autres classes ne serait plus jamais la même. Mais, avant d’y réfléchir, il fallait que je trouve de l’inspiration pour pouvoir par la suite écrire l’histoire fantastique que la professeure avait demandée.

Je me suis alors éloignée des autres, leurs voix étaient presque devenues inaudibles. Je marchais dans un couloir et, malgré la saleté et la poussière, j’avais l’impression que personne n’était entré dans les chambres depuis qu’elles avaient été habitées. Le sentiment de malaise est venu à nouveau à moi. Je me suis arrêtée à la fin du couloir devant la dernière chambre qui était complètement obscure. Je me demandais si j’allais avoir le courage d’entrer, quand, d’un coup, j’ai senti une présence derrière moi. Les battements de mon cœur se sont accélérés et j’ai entendu une voix :

-  Je parie que t’as pas le courage d’entrer seule.

C’était Victor. Il m’avait suivie en voulant aussi s’écarter du bruit des autres. Peut-être parce qu’il avait vu mon visage pâle ou simplement parce qu’il voulait y pénétrer lui aussi, il a proposé :

-  On entre tous les deux en même temps.
-  D’accord, j’ai répondu.

Et nous nous sommes avancés dans la pièce plongée dans l’obscurité.

-  Waouah, je ne vois absolument rien. disait la voix de Vitor à côté de moi.
-  Attends seulement que nos yeux s’habituent un peu, lui ai-je répondu.

Après quelques secondes, je pouvais déjà distinguer la silhouette d’une armoire et d’une chaise. Apparemment, il s’agissait juste d’une autre chambre. Je n’ai pas compris pourquoi elle n’avait pas de fenêtre ni pourquoi elle était si sinistre. Je regardais le plafond en cherchant le signe d’une ampoule quand j’ai senti un vent froid venir d’on ne sait où et qui m’a donné la chair de poule. Mais la pièce n’avait pas de fenêtre. A ce moment, j’ai vraiment eu peur et j’ai dit à Vitor :

-  T’as senti ça ? Je crois qu’il vaut mieux qu’on sorte, j’ai vraiment peur !

Personne ne m’a répondu.

-  Vitor ?

Je me suis retournée pour le chercher, mais je n’ai vu personne. « Ce maudit type m’a laissée toute seule », j’ai pensé. Et j’ai alors couru afin de rejoindre les autres.
C’était un peu bizarre parce que faire ce genre de blagues n’était pas vraiment dans ses habitudes. Il avait remarqué que j’avais vraiment peur. Je voulais le chercher pour lui demander des explications. Pourtant j’ai marché à travers tout le grenier sans le trouver. Je me suis dit qu’il était peut-être déjà descendu.
J’ai trouvé Ana-Maria dans une chambre qui était en train de regarder l’état d’un des meubles. Je lui ai tout de suite demandé :

-  T’as pas vu Vitor ? Tu sais si il est descendu ?

Elle m’a alors regardée avec un air assez amusé.

-  Je croyais que ton ami imaginaire s’appelait Flaru. Tu l’as changé ?
-  Je ne parle pas de mon ami imaginaire. Tu parlais avec Vitor il y a encore quelques minutes.
-  Ah oui ! Il est là, je suis toujours en train de lui parler. Et elle indiqué un coin vide de la pièce. Elle avait un ton toujours aussi ironique.

Je n’avais plus de patience, ce jeu commençait à m’énerver. Je n’avais pas réussi à la faire parler sérieusement. Je suis sortie de la pièce et j’ai trouvé à ce moment-là Viorica.

-  Viorica, tu sais où est Vitor ?

Elle m’a regardée très sérieusement.

- Je crois que je ne le connais pas, il est dans quelle classe ?

A ce moment, j’ai compris qu’il y avait vraiment quelque chose qui n’allait pas. Je suis retournée à la chambre obscure en courant. Je sentais les larmes couler sur mon visage. Je n’avais plus peur en ce moment, j’étais désespérée. J’ai pénétré dans la pièce et j’ai crié :

-  Vitor, Vitor, arrête ! C’est pas drôle, Vitor !

J’étais seule dans la chambre. J’ai essayé de me calmer. Me faire passer pour une folle n’allait servir à rien. Personne vraiment ne se souvenait de lui ? J’ai décidé alors d’attendre. Peut-être que tout ça allait passer aussi vite que ça n’avait commencé.
En classe, personne ne semblait remarquer son absence. Comme si la place à côté de Ikram avait toujours été vide. Comme si on avait toujours été que 13 dans la classe.

Maintenant j’ai très certainement de quoi écrire mon histoire fantastique. Mais à quel prix ? Je sens que j’ai perdu un ami très cher. Pourtant je commence à douter moi aussi de son existence.

C’était un très bon élève. Il participait toujours aux cours. Il était très doué en maths et très nul en géo. Il aimait beaucoup les cours de français et faisait toujours les travaux avec moi.

Vous vous souvenez de Vitor, Madame ?

Une histoire écrite par Nathalia Doize (4 G T FLe, année scolaire 2015-2016)